La brume et le Pacifique

Cette fumée (…) estompe les angles durs, voile la pauvreté des constructions, agrandit la perspective, donne du mystère et du vague aux objets les plus positifs.(Théophile Gautier)

A Newport et ses environs, dans l’Oregon : de multiples phares ponctuent la côte du Pacifique, la houle bat vigoureusement l’écume sur l’océan formant des sites aux noms évocateurs tels que The Devil’s Churn (la baratte du Diable), Thor’s well (le puits de Thor), The Devil’s Punchbowl (le bol à punch du Diable) tandis que la brume s’étend, s’installe et enveloppe tout sur son passage.

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La brume diffuse ses filets de gouttelettes, encercle et s’épaissit au fur et à mesure de la journée pendant que je me promène sur les dunes de sable, que je flâne en forêt ou que je contemple simplement l’horizon. Seul le bruit des vagues et de la houle se fait entendre alors qu’un manteau de brume, presque opaque, progresse, floute voire engloutit le paysage environnant.

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A chacun de mes pas, un drap de vapeur lumineux, d’un blanc pur presque aveuglant, ruisselle sur moi par touches délicates. Une caresse minérale réconfortante. Et puis, parfois une impression de vide/plein lorsque je cherche l’horizon, un repère quelconque. Il se produit alors une rupture dans l’espace et dans le temps où la sensation d’épaisseur moite se confond avec la texture légère de la vapeur. Je ne sais plus si je cherche à voir ou à sentir ; je suis comme hypnotisée par la matière lumineuse et détachée de moi-même.

Une atmosphère changeante et toujours déréalisante malgré ce même brouillard persistant : tantôt une impression de conte de fées digne des dessins d’Arthur Rackham, tantôt l’appréhension curieuse de voir apparaître un vaisseau fantôme ou un revenant surgir et prendre contact dans ces limbes troubles.

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Une expérience de l’enchantement, de la disparition et de l’oubli s’impose à moi où se mêle quiétude et angoisse.

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En ville, les lumières des maisons, des phares environnants viennent percer ponctuellement ce rideau de brouillard. Étrange impression de se sentir au bout du monde, du temps et d’éprouver un bercement doux et chaleureux* au beau milieu de ce tableau mystérieux.

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*en anglais, le mot cosy capture parfaitement ce saisissement physiologique.

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