Je déballe ma bibliothèque (jeunesse)

Capture présentation

Entering Pictureland ( petite mise en scène avec un livre qui m’est cher : Caldecott & co de Maurice Sendak)

Pour ceux qui me suivent, certains ont dû remarquer que Walter Benjamin compte parmi mes références essentielles. Et pour annoncer la couleur de ce billet, je me suis dit qu’emprunter le titre d’un de ses textes, « Je déballe ma bibliothèque », faisait sens car il était grand collectionneur de livres pour enfants et c’est de cela dont il sera question ici : l’acte de collection et les livres pour enfants.

Cet intérêt a (re)fait surface il y a quelques années déjà, a cheminé, enflé pour s’imposer. Un minuscule noyau de désir enfoui, enseveli, protégé. Redécouvrir ce territoire, quelque peu délaissé depuis l’enfance, c’est se faire explorateur d’un énorme chantier, expérience aussi excitante et mystérieuse que celle vécue par un égyptologue qui découvre une pyramide intacte et quasi préservée des assauts du temps.

Un jour de grande tempête intérieure, c’est là que c’est révélée ma pyramide. Sans réflexion aucune, j’ai acquis un bel album relié des œuvres complètes de Winnie l’Ourson, poussée par une intuition qui me portait à croire qu’il y avait du soin là-dedans.

Une rencontre avec l’objet-livre, avec le tissage entre illustrations et mots (graphie et sonorité) pour me blottir de ce qui m’importe et me touche.

Depuis, j’ai constitué une collection, beaucoup au flair, avec une fièvre de possession et également de possédée par l’acte fétichiste de l’acquisition. Aujourd’hui, ma bibliothèque déborde, je n’ai plus assez de place pour cet intérêt croissant (et sans doute exponentiel). Se pose la question de trouver une place à ces objets. La place induit un inventaire : comment classer ces formats multiples et colorés, les répertorier ? Et puis, me travaille la question de l’archivage des découvertes : inventorier ce qui est emprunté en bibliothèques municipales, déniché grâce à des chercheurs et bloggers passionnés ? J’ai bien pensé au carnet et au stylo. Toutefois, l’album et le livre illustré réclament leur reconnaissance par l’image d’abord, je ne peux pas juste les enfermer dans des petites lettres dans un répertoire. Ce serait les asphyxier, les dénaturer, manquer de respect à chaque rencontre graphique.

 Je me lance alors dans le projet de réflexion suivant : déballer mes livres d’images c’est-à-dire ouvrir mes livres, prendre (en photos) des images et rendre vivant ce qui m’appartient, ce désir et les copies acquises.

Mon attitude désuète de collectionneuse (c’est une position qui invite à la patience, à contre-temps avec aujourd’hui) m’a poussée à un choix inattendu, tout comme cette façon d’achever ce billet en forme de pirouette : Je vais déballer ma bibliothèque sur Instagram. Je vais compiler, classer, conserver et je fais voyager ce qui repose à l’abri de mes étagères. Une invitation à explorer ce qui se passe au-dedans de la bibliothèque (la mienne, les autres) , de ma collection, de mes livres.

Si ce déballage suscite votre curiosité, voici le chemin :

https://www.instagram.com/iconophile_in_blue/

 

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Dé-couvrir la pensée

feuille flottante

Découvrir la pensée, ou plutôt dé-couvrir celle-ci, comme on soulève le couvercle d’une casserole pour observer la cuisson en cours, humer les arômes qui s’y déploient. Ouvrir. Aérer.

Dé-couvrir pour faire émerger de soi ce qui se tapit, flotte ou se transforme dans un mouvement perpétuellement inachevé.

Moment de paresse, de laisser-aller, d’attention flottante, de rêverie, d’écriture, d’échange analytique…

Un accès à soi magnifiquement décrit par Gianni Rodari dans « La pierre dans l’étang », passage métaphorique extrait de Grammaire de l’imagination (1973) :

Une pierre jetée dans un étang provoque des ondes concentriques qui s’élargissent à la surface, entraînant dans leur mouvement, à différentes distances, et avec des effets différents, le nénuphar et le roseau, la barquette en papier et le bouchon du pêcheur. Les objets qui dormaient paisiblement, chacun dans leur coin sont comme rappelés à la vie, contraints de réagir, à entrer en rapport les uns avec les autres. D’autres remous invisibles se propagent en profondeur dans toutes les directions, tandis que la pierre s’enfonce déplaçant des algues, effrayant des poissons, engendrant sans cesse de nouveaux mouvements moléculaires. Lorsqu’ enfin elle touche le fond, elle remue la vase, heurte les objets qui y gisaient oubliés et dont certains sont maintenant retrouvés, d’autres recouverts par le sable. D’innombrables événements, ou micro-événements, se succèdent en un temps très bref. Quand bien même aurait-on le temps et l’ennui, il serait impossible de les enregistrer tous, sans omission.

De la même façon, un mot juste au hasard dans l’esprit produit des ondes en surface et en profondeur, presque une série infinie de réactions en chaîne, entraînant dans sa chute sons et images, analogies et souvenirs, significations et rêves, dans un mouvement qui concerne à la fois l’expérience et la mémoire, l’imagination et l’inconscient, et qui se trouve compliqué du fait que l’esprit n’assiste point passivement à la représentation mais y intervient continuellement, pour accepter et refuse, relier, censurer, construire et détruire.

Ce qui mérite d’être revisité

 

Winnie_Shepard

Winnie the Pooh and Piglet, Illustration E.H Shepard

J’étais enfoncé dans le lit, sans peine et sans plaisir. Je savais seulement que cette voix durant les maladies et les longues fièvres de mon enfance m’avait appelé de la même façon…

Ma Mère (1966), Georges Bataille.

Un jour, le corps a craqué. Mon bassin me poussait à me plier en deux et ma tête absorbait le flot continu de tous les sons qui m’environnaient. J’ai dû m’accroupir, me recroqueviller et me boucher les oreilles, comme l’envie de m’enfuir, de m’enfouir au plus profond de ma posture fœtale tant je me sentais agressée par le monde.

Alors, j’ai fui le monde immédiatement, comme portée par mon intuition. J’ai acquis sans réfléchir une belle édition des œuvres complètes de Winnie l’Ourson de A.A Milne. J’ai posé le livre grand format sur mes genoux, ouvert à pleines mains le portail vers le Hundred Acre Wood (La Forêt des rêves bleus, en français). Paravent à la frénésie abrutissante du dehors.

Depuis, je n’ai pas cessé le contact avec ces aventures dans le carton relié et coloré. J’ai cru à un pansement temporaire à la crise qui m’agitait, là où c’est en fait le maillage du désir le plus profond qui a commencé à se tisser, à la fois délicatement et solidement.

Maurice Sendak, A.A Milne, Tove Jansson et tant d’autres sont autant de complices que j’accueille aujourd’hui encore. Tout aussi nourrissants que Walter Benjamin, Roland Barthes, Carl Jung ou bien Donald W. Winnicott, ces auteurs ont crée des livres qui prennent soin et exigent du temps, bien au-delà de l’enfance pour ceux qui prennent au sérieux, « cette nudité soudaine, le brusque abandon à l’instant présent, l’attention hypnotique à un détail, le changement du regard sur ce qui m’entoure, l’inexplicable nouveauté d’un geste, le détournement provisoire de l’usage des objets »*.

*Péju, Pierre. Enfance Obscure, Gallimard, 2011 : un ouvrage qui est une invitation à revisiter ce qu’il nomme « Enfantin », ce sentiment créatif toujours en nous, fluctuant et farouche.

Au temps des étoiles

 

Quand je suis un peu abasourdie, bousculée par ce qui résonne absurde autour de moi, je me réfugie dans une image de ma mythologie intime….

Je suis au plus loin de ce qui m’entoure car j’appartiens aux étoiles.

Là-haut, tout là-haut,

je dispose du temps et de l’espace.

Je survole, j’appartiens au Pays où on n’atterrit jamais.

Loin des hommes et au plus proche de ce qui scintille et de ce qui fait refuge dans l’enveloppe profonde et éthérée de ces mots contenants,

Grande Ourse et Voie Lactée.

                                                                          *******

 

Outre une belle conférence sur « Le Fil dans l’album jeunesse » (Bibliothèque Françoise Sagan, Paris), voici les deux lectures qui m’ont inspirées car tout récemment relue pour l’une et découverte pour l’autre :

Barrie, J.M, Peter Pan.

Ende, Michael, Momo. Ce roman jeunesse a été écrit avant L’Histoire sans Fin. Je recommande chaudement cette magnifique ode au temps intime si précieux et si souvent dérobé par les temps qui courent (justement)….une belle découverte grâce au remarquable Chez Soi, une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet.

Citation

L’arôme et la patine [Blog d’écriture/Carnet d’impressions] — Le blog des ateliers d’écriture créative

Nos participants ont des talents : Blog d’écriture ! Pamela participe aux ateliers d’écriture à la carte de Rémanence des mots et elle aime aussi flâner, au gré de ce qui titille ses sens et éveille son imaginaire. 1 258 mots de plus

via L’arôme et la patine [Blog d’écriture/Carnet d’impressions] — Le blog des ateliers d’écriture créative

La mélancolie de Charlie Brown

peanuts

« Quand on est vieux, on n’a plus besoin de s’acheter de la vaisselle ». Une phrase sage et désabusée d’une vieille dame, à quelques mètres de moi, admirant un set de tasses en porcelaine. La vie peut être éclatante, ébréchée et se briser comme de la porcelaine.

Je me suis prise d’empathie pour cette petite vieille qui, clairement, aurait aimé pouvoir goûter de nouveau le sursaut de s’offrir de la vaisselle. Elle connaît bien ce petit plaisir, elle a en eu le goût et l’expérience. Mais, de façon pragmatique, elle se retient sans amertume, en connaissance de cause : elle a déjà fait son temps et là où il y a cumul des années, il n’y a plus à s’encombrer ni le dos ni chez soi.

Cette clairvoyance m’a émue par le fait de constater, presque cliniquement, que l’acquisition du nouveau est futile quand on se sent s’approcher de la décrépiscence et de la mort. La conscience de l’inévitable décrépiscence, je l’ai saisi à 14 ans en lisant Le Portait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. J’ai vécu ce roman comme une rupture fondamentale dans ma façon de concevoir le temps. Je n’étais pas prise par la métamorphose qui gangrénait le portrait mais par la conscience cynique du personnage, trop conscient de sa jeunesse qui lui échappe et l’incite à s’émanciper des bonnes mœurs victoriennes.

Souvent, j’ai mes petits instants mélancoliques, où je me sens déjà trop vieille ou désabusée pour mon âge, malgré mon inexpérience de la vie. Une conscience pleine d’anxiété encombrante, un peu à la manière du Charlie Brown des Peanuts qui, bien qu’il se trimballe des kilos de questionnements, parvient à s’émerveiller des étoiles, même avec une pointe de mélancolie.

Un petit conte d’hiver

nuit neige

 

Raconte-moi encore la vallée de cristal :

Il était une fois,

Par-delà, les lacs gelés et les montagnes enneigées,

se cachait la vallée de cristal.

Un lieu si secret que seuls les étoiles et les flocons de neige s’y rencontraient.

Si blanc, si pur, si précieux.

Les étoiles y scintillaient de joie.

Les flocons s’y déposaient tout doucement.

Et les étoiles de neige miroitaient comme un millier de petits cristaux.