De la théière

tea-party

Lorsque je visite un intérieur qui me plaît, ce qui achève de me séduire, c’est d’apercevoir une belle théière sur une table ou une étagère. Le thé, pour moi, représente du temps à l’état liquide, chaud et parfumé.

Mona Chollet (Chez soi, Une Odyssée de l’espace domestique, 2015)

Des

courbes

qui s’ouvrent

comme des hanches

féminines.

Une rondeur

protubérante en sa base

qui éveille une image fixe de la maternité.

Cette poche ronde de porcelaine qui renferme une chaleur ambiante et apaisante. La théière a une saveur maternelle. Elle me ramène aux gâteaux sortis du four, elle me ramène à la cuisine, elle me ramène à la chaleur fantasmatique du foyer familial. Dans l’horizon de l’espace conjugal et domestique, la mère toujours l’épicentre, portant l’enfant, portant le foyer.

La théière, ce foyer à la cheminée parfumée,

d’où le temps s’écoule et embaume

l’espace du goût rond de ce

que doit être l’insouciance.

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Citation

L’arôme et la patine [Blog d’écriture/Carnet d’impressions] — Le blog des ateliers d’écriture créative

Nos participants ont des talents : Blog d’écriture ! Pamela participe aux ateliers d’écriture à la carte de Rémanence des mots et elle aime aussi flâner, au gré de ce qui titille ses sens et éveille son imaginaire. 1 258 mots de plus

via L’arôme et la patine [Blog d’écriture/Carnet d’impressions] — Le blog des ateliers d’écriture créative

Le salon de thé, cette quête proustienne

Le goût du café au lait matinal nous apporte cette vague espérance d’un beau temps qui jadis si souvent, pendant que nous le buvions dans un bol de porcelaine blanche, crémeuse et plissée qui semblait du lait durci, quand la journée était encore intacte et pleine, se mit à nous sourire dans la claire incertitude du petit jour.

Le Temps retrouvé, Marcel Proust

Madeleine

Je ne peux m’empêcher encore et encore d’être à l’affût DU salon de thé et, qui plus est, je reviens régulièrement sur ce sujet (ceux qui ont l’habitude de me lire ont dû remarquer le trait obsessionnel de la tasse et de la théière). J’en suis venue à me poser la question de ce qui pouvait bien se tramer derrière cette quête perpétuelle, ce faire retour vers ce même sujet. Chercher, trouver, expérimenter le lieu ; écrire encore et encore sur le salon sous toutes ses coutures, ses objets, son ambiance, ses textures…

Le salon de thé est indéniablement lié à mon anglophilie bien ancrée mais, au-delà de cela, c’est tout un monde sensible auquel j’aspire à me connecter et qui semble se cristalliser dans ces lieux. Point besoin de déguster du thé, une tasse de café ou de chocolat me suffit tant que des théières sont bien en vue comme autant de petites idoles rassemblées…

Papier peint et murs tapissés me procurent une sensation d’enveloppement et de protection que je ressens avec la même intensité lorsque je me sens douillettement enroulée sous les plis de ma couette. Les motifs au mur me procurent un plaisir hypnotique d’évasion, où je commence à déconstruire le thème répété, à le démanteler, le recomposer, un peu à la manière dont l’imagination s’investit en pleine contemplation des nuages.

Les objets, tasses, théières et pots, deviennent des territoires sensibles, parés et vulnérables : lustré, lissé, émaillé, patiné, ébréché, craquelé. Objets du vécu, de famille, familier, du foyer.

Rituel sensuel du parfum, de la teinte, de l’arôme.

Tranche de gâteau qui ramène au goût moelleux de l’enfance.

Attention flottante et bercement au gré des conversations : bribes de moments intimes et petite mondanité de vieilles élégantes s’entrelacent.

Le salon de thé, c’est pour moi plonger dans une démarche mémorielle. C’est retrouver ce sentiment sécurisant et dorlotant dans la quiétude des tissus et des mots. C’est re-sentir, c’est être à la recherche du sentiment apaisant qui a eu lieu et qui s’endort et qui se perd parfois en soi.

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Mes salons de thé à Paris :

La Bossue, 9 rue Joseph de Maistre, 75018 Paris.

Thé-Ritoire, 5 rue de Condé, 75006 Paris.

T’Cup, 16 rue des Minimes, 75003 Paris.

Tea Thé Tcha, 119 rue de la Glacière, 75013.

Tea Mélodie, 72 boulevard de Picpus,  75012 Paris.

Violetta et Alfredo, 30 rue de Trévise, 75009 Paris.

In/thé/rmezzo

teatime

       À l’entrée, un léger rideau vaporeux. L’odeur du crépitement. Instant suspendu, écarté de l’impatience et du grouillement citadins. Là, les tapis persans à franges couvrent et dévoilent le bois fatigué du parquet. Les pans en coton blanc bordent les tables. Vision de ma mère que j’agrippe dans sa robe de dentelle blanche.

Les symphonies de la chaîne de radio classique s’immiscent discrètement aux conversations intimes de certains, dans la lecture romanesque d’autres. Échappée momentanée des pensées latentes, préoccupantes.

Mouvement lent de la fumée qui épouse la courbe du bec verseur. Infusion paisible des feuilles flottantes. Motifs bleu et blanc, ébréchures d’un autre temps sur la tasse. Contours lisses et maternels de la porcelaine encore brûlante. Les doigts refermés sur la anse, posés sur le couvercle, l’écoulement sonore du liquide. Plongée parfumée de la couleur ambrée. Rythme délicat et enveloppant, loin des signes du dehors.

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Quelques adresses de salons de thé au charme discret avec musique classique, loin du tapage de l’instagrammable :

Tea Mélodie, 72 boulevard de Picpus, 75012 Paris.

Violetta et Alfredo, 30 rue de Trévise, 75009 Paris.

Tea House Theater, 139 Vauxhall Walk, Vauxhall, Londres.

La mélancolie de Charlie Brown

peanuts

« Quand on est vieux, on n’a plus besoin de s’acheter de la vaisselle ». Une phrase sage et désabusée d’une vieille dame, à quelques mètres de moi, admirant un set de tasses en porcelaine. La vie peut être éclatante, ébréchée et se briser comme de la porcelaine.

Je me suis prise d’empathie pour cette petite vieille qui, clairement, aurait aimé pouvoir goûter de nouveau le sursaut de s’offrir de la vaisselle. Elle connaît bien ce petit plaisir, elle a en eu le goût et l’expérience. Mais, de façon pragmatique, elle se retient sans amertume, en connaissance de cause : elle a déjà fait son temps et là où il y a cumul des années, il n’y a plus à s’encombrer ni le dos ni chez soi.

Cette clairvoyance m’a émue par le fait de constater, presque cliniquement, que l’acquisition du nouveau est futile quand on se sent s’approcher de la décrépiscence et de la mort. La conscience de l’inévitable décrépiscence, je l’ai saisi à 14 ans en lisant Le Portait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. J’ai vécu ce roman comme une rupture fondamentale dans ma façon de concevoir le temps. Je n’étais pas prise par la métamorphose qui gangrénait le portrait mais par la conscience cynique du personnage, trop conscient de sa jeunesse qui lui échappe et l’incite à s’émanciper des bonnes mœurs victoriennes.

Souvent, j’ai mes petits instants mélancoliques, où je me sens déjà trop vieille ou désabusée pour mon âge, malgré mon inexpérience de la vie. Une conscience pleine d’anxiété encombrante, un peu à la manière du Charlie Brown des Peanuts qui, bien qu’il se trimballe des kilos de questionnements, parvient à s’émerveiller des étoiles, même avec une pointe de mélancolie.

Il était une fois dans un château…

 

Pierres, pavés et nuages bas forment une forteresse grise et enveloppante au beau milieu du château. Seuls règnent le froid et le silence.

Statues et gargouilles, veilleuses solennelles, accueillent ma flânerie en toute quiétude. J’arpente les salles, entends mes pas résonner, alterne montées et descentes d’innombrables volées d’escaliers. Les meubles sont absents, seules d’étranges frises végétales et animales habillent les lieux. Un goût d’inachevé se prête à l’imagination, à sonder les recoins et les imposantes cheminées, à expérimenter la fertilité du vide.

Je me perds et me prends dans les ombres.

Une atmosphère minérale se dévoile à mesure sur la pierre des murs.

Il ondule des ombres chinoises, du métal scintillant, les promesses d’une plongée dans une lanterne magique. Un halo bleu inonde le bois du parquet, les vitraux floutent et brassent les contours de la cour intérieure, une salle immerge dans un bain vertigineux bleu lapis-lazuli.

Il est temps de s’éloigner de l’échappée tranquille au cœur de Pierrefonds.

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Prendre le temps, prendre le thé

 

 

 

Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats.

(Le Temps retrouvé, Marcel Proust)

        Rouen, le temps d’une journée. Peut-être pas un instant de grâce mais tout au moins un moment amical, paisible et chaleureux qui se cale harmonieusement aux fêtes de fin d’année. Lors d’escapades, mon esprit se perd souvent dans un maillage littéraire et artistique si je ne suis pas prise d’une impression proche du syndrome de Stendhal. Un enthousiasme sérieux m’accapare lors de ces fuites souvent solitaires.

Mais ce jour-là, je suis avec mes proches, je suis gagnée par leur bonne humeur et leur tranquillité. Je ne déborde pas dans ma tête : la promenade volontairement solitaire n’aura pas lieu, je suis bien entourée, nul besoin de convoquer des compagnons imaginaires pour rendre ma flânerie plus vivante.

Peut-être Rouen a-t-elle la bonne échelle pour ce temps suspendu, en bonne compagnie ?

Se régaler des colombages dans la rue pavée du Gros-Horloge où le temps file au rythme de la flânerie et du bavardage.

Se perdre par curiosité dans les dédales exigus qui percent la raffinée rue Saint-Romain.

Se réjouir à la vue de son assiette en porcelaine où s’épanouit une crêpe garnie de compote de pommes et arrosée d’un filet généreux de sauce caramel au beurre salé.

Se réfugier douillettement, par temps glacial, dans un salon de thé. Y Déguster la vue de la fumée s’extirpant de la théière et piocher à la fourchette d’infimes bouchées de ce précieux moment réconfortant et insouciant.

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Deux adresses gourmandes qui ont comblé ce temps à Rouen :

Crêperie Saint-Romain, 52 rue Saint-Romain.

Salon de thé Dame Cakes, 70 rue Saint-Romain.