Brèves de salon de thé

tea-cup

L’oreille qui flâne ( ou l’expérience du eavesdropping )

À peine assise, le nez dans mon livre, je suis à portée des conversations de tous, consciente de l’intranquillité passive qui va se faire sentir tôt ou tard : ma concentration sera malmenée, bousculée, cognée par des flots de paroles et des transactions de mots pêle-mêle. Dans les premières minutes, au hasard d’une conversation attrapée, j’épierai et épongerai bien malgré moi les émotions d’autrui, l’intimité qui s’ouvre du fond de la bouche. Puis, progressivement, cette écoute clandestine me fera délaisser ma lecture et remplira discrètement mes carnets…

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Le salon de thé, ce lieu douillet qui se prête aux conversation entre vieilles amies (en âge et en durée d’amitié) : la routine des courses, les petites tracasseries du quotidien, ce corps qui vieillit et tout en creux, la mort au détour d’une théière et d’un pot de lait. Ressortent de là, des instants inattendus d’humanité vulnérable et de profonde mélancolie.

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Une grand-mère décrit à sa vieille amie ce que sa petit-fille, enfant anxieuse lui aurait dit : « Mamie, tu sais, tout va passer, sauf la mort… ».

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Deux amies, particulièrement âgées, visiblement très proches :

« T’en as marre? …Tu veux mourir ? »

-Je sais pas. Tout ça, c’est absurde. J’ai l’impression que j’emmerde tout le monde.

« Tu m’emmerdes pas, moi. »

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Brèves mélancoliques,  parfois touchantes par sa vérité crue et intime.

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