In/thé/rmezzo

teatime

       À l’entrée, un léger rideau vaporeux. L’odeur du crépitement. Instant suspendu, écarté de l’impatience et du grouillement citadins. Là, les tapis persans à franges couvrent et dévoilent le bois fatigué du parquet. Les pans en coton blanc bordent les tables. Vision de ma mère que j’agrippe dans sa robe de dentelle blanche.

Les symphonies de la chaîne de radio classique s’immiscent discrètement aux conversations intimes de certains, dans la lecture romanesque d’autres. Échappée momentanée des pensées latentes, préoccupantes.

Mouvement lent de la fumée qui épouse la courbe du bec verseur. Infusion paisible des feuilles flottantes. Motifs bleu et blanc, ébréchures d’un autre temps sur la tasse. Contours lisses et maternels de la porcelaine encore brûlante. Les doigts refermés sur la anse, posés sur le couvercle, l’écoulement sonore du liquide. Plongée parfumée de la couleur ambrée. Rythme délicat et enveloppant, loin des signes du dehors.

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Quelques adresses de salons de thé au charme discret avec musique classique, loin du tapage de l’instagrammable :

Tea Mélodie, 72 boulevard de Picpus,  Paris.

Violetta et Alfredo, 30 rue de Trévise, Paris.

Tea House Theater, 139 Vauxhall Walk, Vauxhall, Londres.

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Brèves de salon de thé

tea-cup

L’oreille qui flâne ( ou l’expérience du eavesdropping )

À peine assise, le nez dans mon livre, je suis à portée des conversations de tous, consciente de l’intranquillité passive qui va se faire sentir tôt ou tard : ma concentration sera malmenée, bousculée, cognée par des flots de paroles et des transactions de mots pêle-mêle. Dans les premières minutes, au hasard d’une conversation attrapée, j’épierai et épongerai bien malgré moi les émotions d’autrui, l’intimité qui s’ouvre du fond de la bouche. Puis, progressivement, cette écoute clandestine me fera délaisser ma lecture et remplira discrètement mes carnets…

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Le salon de thé, ce lieu douillet qui se prête aux conversation entre vieilles amies (en âge et en durée d’amitié) : la routine des courses, les petites tracasseries du quotidien, ce corps qui vieillit et tout en creux, la mort au détour d’une théière et d’un pot de lait. Ressortent de là, des instants inattendus d’humanité vulnérable et de profonde mélancolie.

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Une grand-mère décrit à sa vieille amie ce que sa petit-fille, enfant anxieuse lui aurait dit : « Mamie, tu sais, tout va passer, sauf la mort… ».

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Deux amies, particulièrement âgées, visiblement très proches :

« T’en as marre? …Tu veux mourir ? »

-Je sais pas. Tout ça, c’est absurde. J’ai l’impression que j’emmerde tout le monde.

« Tu m’emmerdes pas, moi. »

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Brèves mélancoliques,  parfois touchantes par sa vérité crue et intime.