L’effet monstre

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Saturne dévorant un de ses fils, Francisco de Goya (1819-1823, Musée du Prado)

Un effet monstre, c’est ce qui provoque une empreinte irradiante. Il désigne une intensité épidermique et aussi un phénomène dévastateur. Parfois, les deux sont étroitement si les (faux) hasards de la vie placent sur votre chemin une rencontre hautement toxique. C’est ce qui transparaît dans la série britannique Sally4ever ( HBO et Sky Atlantic, 2018) de Julia Davis.

Sally, personnage transparent qui ne fait pas de vagues, s’ennuie ferme auprès d’un fiancé qu’elle n’aime ni ne désire jusqu’au jour où son regard croise celui de la séduisante Emma. Après une relation au démarrage hautement sexuel, Emma emménage avec Sally et se révèle vite une personnalité étrangement envahissante ou comment l’une va dévorer l’autre…

De ce drame apparent, Julia Davis tire une trame drôle, très drôle à condition d’être amateur d’humour noir, très noir car l’organique est très présent ( je renvoie à la scène du glouton qui explose dans Le sens de la vie des Monty Python à l’univers des frères Farrelly). Sécrétion, vomi, matière fécale parfument et ponctuent les 7 épisodes de la saison 1 : Sally4ever est donc une série littéralement ordurière, trash.

Car le glamour d’Emma est de façade. Très vite, elle se révèle une Narcisse perverse qui va brusquement tout faire vaciller, tout troubler chez Sally, à la fois sexuellement et psychiquement. Sally est « inodore », empêtrée dans le mal-être et un comportement compliant, et ce c’est ce qui fait d’elle une proie que chacun irait bien déguster (du fiancé en passant par ses collègues et sa patronne). Parce qu’à force de ne pas « être », Sally suscite le fantasme autour d’elle : chacun(e) peut projeter sur elle ce qu’il.elle veut comme une surface offerte. Emma l’a bien compris et c’est son empiètement sur la vie de Sally qui est dévoilé épisode après épisode.

Emma est belle et charismatique comme elle est une personnalité infecte dans son attitude maltraitante et son penchant pour la matière abjecte. Le pervers et l’abject = le pervers est abject. C’est là, le tour de force de cette série : enfoncer le clou sur ce que provoque insidieusement ce type de personnalité corrosive. Le personnage d’Emma est déroutant et c’est ce qui amène à une série drôlement dégoûtante. Les personnages sont caricaturaux, leurs choix et attitudes poussés à l’extrême, témoignant des failles qui habitent et abîment chacun. Emma en est le point culminant.

J’ai ri, beaucoup ri aux éclats à la manière d’un rire jaune qu’on m’aurait enfin laissé dérider. « Rendre » par le rire. Une expérience bien digérée, donc.